Essen 2018 : Le temps du changement ?

Maintenant une semaine 15 jours que je suis rentré d’Essen, et rien que de repenser à ce séjour, j’ai des étoiles plein les yeux et des idées plein la tête…  En effet, cette édition fut l’une des plus marquantes à laquelle j’ai participé, tant sur la démesure (près de 1400 jeux présentés, plus de 190000 visiteurs) que sur l’évolution même du festival. C’est indéniable, ce festival se développe à tout niveau, la partie professionnelle est plus importante, les éditeurs sont bien plus nombreux, et le public, de par la démocratisation du jeu de société, beaucoup plus présent, et ce dès l’ouverture le jeudi. Certes, c’est un peu tard pour un article à chaud, de nombreux sites ayant déjà réalisé l’exercice (live de Trictrac, Compte rendu de Vindjeu, Série Spécial Essen 2018 de Ludovox, …) mais je ne résiste pas à l’envie de vous faire un retour également (dans une moindre mesure ^^’).

Il y a quelques années encore, Essen était connu pour être le rendez vous incontournable où trouver et acheter les nouveautés du moment.  Avec le recul, et après 5 Essen consécutifs, j’ai pu constater quelques changements. Tout d’abord, alors qu’auparavant on pouvait revenir d’Essen avec des exclusivités, des jeux introuvables sauf pour quelques privilégiés, désormais ce n’est plus réellement le cas. La plupart des références étant déjà disponibles soit en France pour la plupart de nos éditeurs locaux, ou alors en précommande sur les sites de vente en ligne. Il est ainsi fréquent de croiser des visiteurs tentant de marchander les prix en agitant sous le nez du vendeur un tarif plus avantageux trouvé sur le net. C’est oublier les coûts logistiques de transport et de location d’emplacement, ainsi que la possibilité pour les visiteurs d’obtenir ces jeux quelque fois en avance par rapport à une sortie publique ! D’ailleurs en parlant logistique, cette édition du Spiel a vu beaucoup de livraisons soit en retard soit avortées (exemple de la vf de Detective chez Iello, qui prend à sa charge l’expédition chez ceux qui avaient prévu un Essen pick up) voire dans certains cas des situations qui prêteraient presque à rire (cas de Seal Team Flix chez Wizkids, qui s’est vu livré une palette de fournitures de bureau plutôt que de jeux !)

Et cet état de fait rejoint une autre tendance actuelle, le principe de précommande ou de financement participatif via Kickstarter avec récupération sur le salon. Ainsi, nombre visiteurs du Spiel cette année se sont déplacés pour récupérer leur KS et éviter les frais de port (et moi le premier ^^’), ou alors s’assurer qu’ils pourront revenir d’Allemagne avec le jeu qui ne sortira que dans 15 jours. Quel intérêt me direz vous ? L’attrait de la nouveauté ou la possibilité d’obtenir un autographe / une photo de l’un de ses auteurs préférés.

Et sur le même principe, on peut également de plus en plus tester des prototypes susceptibles d’être en campagne Kickstarter d’ici quelques semaines ou quelques mois. L’occasion de faire un peu de communication et de playtester un peu son jeu avec un public issu de divers horizons.  Une évolution qui montre bien la part importante qu’occupe désormais le financement participatif dans le secteur du jeu de société. Ainsi, l’année dernière c’était le cas avec Root, cette année c’est Monumental , Barrage ou Pax Transhumanity) par exemple. Le gros point positif de cette évolution est le fait de pouvoir permettre aux petites structures de réaliser (‘à moindre frais’) une belle campagne de communication en trouvant les bons ambassadeurs qui parleront de leur jeux autour d’eux (c’est le cas d’Imnia, de Vampire The Masquerade : Heritage ou de Badass Force des Funky Sheep)

De même, une autre tendance apparaît peu à peu, le développement des V2 ou des rééditions des jeux déjà existants. Par exemple, comme Through the Ages il y a quelques années, ou plus récemment avec d’Endeavor. Cette année c’est Crisis qui revient ou CO2 qui nous propose une nouvelle version. Désormais, on voit de plus en plus de jeux réédités avec une refonte graphique, quelques modifications de règles et bien évidemment les goodies incitant le consommateur à investir. Et quel est le meilleur biais pour permettre de financer tout cela ? Le Kickstarter bien sur. Nous aurons donc bientôt une nouvelle version d’Eclipse et de Claustrophobia (actuellement en Kickstarter dans sa version 1643), et de nombreux autres titres sont encore dans les tuyaux. On peut crier au scandale, s’insurger contre le fait de devoir à nouveau débourser pour ‘tout avoir sur un jeu’, mais n’est ce pas justement pas le moment de rationaliser un peu, et de n’investir que si on le juge indispensable ? 

Une autre évolution du marché que l’on voyait déjà poindre l’année dernière mais qui prend une réelle ampleur cette année, les boutiques d’accessoires et de « pimp » de jeux. Ici des stands pour remplacer les cubes en bois de vos jeux par de belles ressources, là des boutiques vendant des inserts pour mieux ranger les différents composants dans vos boites ou pour remplacer vos plateaux de jeux individuels (exemple de Terraforming Mars). Avec en toile de fond la démocratisation des imprimantes 3D, les moyens d’améliorer votre expérience de jeu sont désormais légions. Et ce n’est pas plus mal car de plus en plus, le joueur aime investir dans des jeux qui vont durer et lui permettre de vivre une réelle expérience, et c’est là qu’un Scythe, un Terraforming mars, ou un Gloomhaven sort particulièrement du lot, soit en apportant une expérience complète (solo ou multi), soit une rejouabilité importante, soit une campagne ‘legacy’. 

Enfin, et c’est peut être là le ressenti le plus surprenant, aucun jeu ne ressort véritablement comme étant le jeu à acheter, le jeu avec lequel revenir cette année. En effet, de plus en plus de jeux sont édités, et de plus en plus sont d’excellente qualité. Mais cela signifie également qu’il est de plus en plus difficile de repérer quel jeu saura exister dans le temps, à l’image d’un Terra Mystica ou d’un Azul. A tel point que les deux tops du salon, en l’occurrence le classement BGG et le classement Fair play ne partageaient cette année que peu de titres en commun. Monsieur Guillaume le disait d’ailleurs fort justement dans le live de Trictrac cité plus haut : ‘Ok game become the new bad game’. En somme, pour continuer à exister sur le marché, il faut que les jeux soient exceptionnels, tant au moment de leurs sorties que dans les années suivantes. Un véritable défi pour la plupart des créateurs ! Malgré tout, personnellement, en marge de ma liste et après avoir testé quelques jeux (Newton, Monumental, Barrage, Lincoln, …), j’ai craqué finalement pour deux jeux en particulier : Blackout Hong Kong de Pfister (l’auteur de Mombasa et Great Western) ainsi que Subatomic, un deckbuilding particulièrement intéressant chez Genius Games. Et avec le recul, je ne regrette pas du tout ces choix ! C’est là toute la magie de ce salon, deux joueurs ne reviendront désormais plus avec les mêmes jeux systématiquement, et ce n’est pas pour autant qu’ils auront manqué quelque chose.

 

Mais quoi qu’il advienne, Essen est et demeure LE salon du jeu de société, que l’on soit fan inconditionnel du jeu ou joueur occasionnel, c’est une expérience unique à vivre et à partager, et la raison pour laquelle chaque année depuis 2013 (2013,2014,2015,2016,2017), je vous propose ce retour en images. Alors profitez bien, et n’hésitez pas à réagir en commentaires et me suivre sur Instagram @AshraamCPC. pour plus de photos.

Auteur: Ashraam

Ingénieur Sécurité/Environnement, il délaisse de temps à autre la réglementation pour prendre la plume et exprimer sa passion pour le jeu de société. Fan de stratégie/tactique, il reste malgré tout ouvert au poussage de cubes en bois, pour peu que le thème l'intéresse.

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