Interview de Cyrille Leroy, auteur de Sapiens!

Lors de notre session du 15 mars, Ludopoly a eu le plaisir d’accueillir Cyrille Leroy, concepteur du jeu Sapiens, édité chez Catch Up Games et distribué par Iello. Ce fut l’occasion d’un test en avant 1ère de ce jeu plutôt prometteur, mais aussi d’une rencontre avec un auteur très sympathique! Nous n’allions pas rater cette occasion pour prendre quelques photos qu’une petite interview aux petits oignons, que nous vous livrons à quelques jours de la sortie de Sapiens, le 7 mai!

Boîte de Sapiens

La boîte de Sapiens

 

Bonjour Cyrille, tout d’abord, présente toi en quelques mots, pour ceux du fond qui dormaient. C’est une bonne situation ça scribe… euh auteur de jeu de société ?

Bonjour! Je suis Cyrille, un jeune quarantenaire en devenir. Éducateur spécialisé de formation, j’ai choisi il y a 2 ans de faire une reconversion professionnelle en tant que ludothécaire pour associer ma passion du jeu à un métier qui pouvait m’offrir de nouvelles opportunités quant à échanger avec autrui tout en continuant de créer du lien social. Si le jeu est mon premier passe-temps, j’ai pas mal d’autres loisirs dont des sorties « cinéma » ou « spectacles/concerts » très fréquentes et la lecture qui est une activité quotidienne.

Scribe!! Oui c’est super, mais faut bien savoir utiliser la plume et l’encre pour ne pas tâcher les parchemins à enluminer… ah c’est pas le sujet? Ouuppss!!
Auteur de jeux de société, tu voulais dire?
Difficile de répondre à cette question car Sapiens est une aventure toute neuve pour moi. Être l’auteur de Sapiens me place dans une situation vraiment agréable, c’est indéniable!
Voir son jeu maturer, évoluer, être testé et partir en production avec ensuite des mises à l’épreuve face à divers publics de joueurs lors de festivals ou d’animations auprès de ludothèques, d’associations ou de boutiques spécialisées, c’est vraiment grisant! Il y a cette boule au ventre toujours là quand les avis de chacun arrivent. Mais le pied, c’est de voir que le plaisir est là et que majoritairement, les joueurs semblent apprécier le jeu.

Des joueurs en pleine action...

Des joueurs en pleine appréciation du jeu justement…

...ca creuses les méninges

…ca cogite tellement qu’il faut tenir la tête! 😉

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Créer un jeu, ça n’est pas simplement une idée qui apparaît, c’est un concept qui se travaille. Comment s’est passé la gestation de ton 1er jeu ?

C’est dans le contexte de ma formation de ludothécaire que j’ai été amené à concevoir le prototype de Sapiens. Dans le cadre des évaluations pour l’obtention du diplôme, il fallait réaliser un objet ludique, à savoir un jouet ou un jeu de règles.
L’évaluation de l’objet ludique se faisait via les collègues de promo dont une moitié de cette promotion était composée de joueurs experts et l’autre moitié faite de collègues peu voire pas du tout joueurs.
J’ai donc basé une réflexion quant à créer un jeu de société ayant une mécanique intuitive pour que le jeu soit facile d’accès mais pouvant permettre un aspect stratégie/réflexion, le but étant de fédérer le plus grand nombre de mes collègues autour de mon objet ludique.
Le mécanisme de connexion des dominos s’est imposé comme une évidence et je suis parti vers l’idée qu’une connexion entre 2 dominos pouvait entraîner un effet tout autant que la pose d’un domino sur un espace particulier. L’essence du jeu était là : des connexions et des poses intuitives amenant des effets et des combos variés pour plaire autant aux gamers qu’aux joueurs occasionnels.
J’ai cherché un thème qui fût celui d’un marché médiéval où des personnages se croisaient pour amasser richesse et fortune. Chaque personnage impliquait un effet lors de connexions et la pose des personnages sur le plateau de jeu (le marché) permettait d’engranger de l’or. « Domino Fora » était né ! Le jeu a été créée en juillet/août 2013 et présenté à la promo en janvier 2014.

Le prototype a plu et un formateur a senti qu’il y avait une certaine potentialité. C’est en février 2014, par le biais de ce formateur, Julien Gaillet, que j’ai eu la chance d’être mis en relation avec Sébastien et Clément de Catch Up Games. Lors de cette rencontre, j’ai été séduit par les retours et l’analyse des deux éditeurs sur le jeu que ce soit autant sur les éléments forts que sur les faiblesses évidentes qu’ils ont savamment pointées.
Début mars 2014, nous avons commencé notre collaboration, testant de nouveaux effets, ajoutant ou supprimant des règles, modifiant le système de scoring et repensant le thème/background du jeu pour qu’il soit en adéquation avec les mécanismes proposés.
Marco, l’illustrateur s’est joint à l’aventure, donnant vie au jeu par ses superbes illustrations qui narrent parfaitement le thème d’aujourd’hui à savoir la survie de tribus d’homo-sapiens au sein d’une vallée préhistorique.
Le jeu est parti en production en fin d’année 2014, et je pense très sincèrement que c’est la collaboration avec Séb et Clém, ainsi que le partenariat fort qui nous lie à Iello (le distributeur), qui rend ma place de tout jeune créateur aussi agréable. Seul, je n’aurai jamais su porter le projet ainsi.

Cyrille Leroy expliquant Sapiens

Cyrille Leroy (à gauche) expliquant le jeu à des néophytes

 

Le thème de départ n’était pas la préhistoire donc! Que vaut ce revirement, une soudaine attirance pour les hommes velus munis d’un gros gourdin ? 😉

Arrggh!! Tu m’as percé à jour!
Non, le thème est ressorti après un long brainstorming. L’équipe de Catch Up Games trouvait le thème médiéval trop classique et pas vraiment sexy! Alors que comme tu le soulignes, le torse bombé et velu d’un bel homme de crô-magnon et des muscles saillants amènent la fraîcheur débordante de la testostérone qui rendent le jeu bien plus attractif!
La réflexion sur le thème se portait essentiellement sur le fait que l’on souhaitait que les tuiles (domino) racontent quelques choses lorsqu’elles étaient jouées. C’est d’ailleurs en échangeant avec Iello que ces derniers nous ont invité à renforcer cet aspect de la narration en proposant des scènes de vie plutôt que des personnages.
Du coup, chaque joueur raconte l’histoire de sa tribu qui survit dans sa vallée en quête d’abris et de nourriture et tout cela est -je trouve – vraiment bien mis en valeur par le magnifique travail d’illustration de Marc-Antoine Allart.

 

Plateau d'un joueur Sapiens: Une belle illustration du travail de Jean-Marc Allard

Plateau d’un joueur Sapiens: Une belle illustration du travail de Marc-Antoine Allart!

 

Un fait marquant, ou anecdote pendant le développement que tu voudrais partager?

Oui! Ça fera surement sourire Clément et Sébastien…
Initialement, dans le proto médiéval du jeu, il existe un personnage: la voyante. L’effet de connexion de ce personnage permettait de réorganiser la totalité de la disposition des tuiles posées sur le plateau individuel des joueurs.
Lors de ma rencontre avec Catch Up Games, Sébastien avait enchaîné sur la partie de démo 5 ou 6 connexions de voyante amenant la durée du jeu a presque 2h tellement il mettait du temps à réfléchir à l’optimisation de ses placements via la réorganisation des tuiles!
J’ai cru que cette partie n’en finirait jamais et on a bien chambré Séb sur sa vitesse quant à réfléchir!
Mais le positif dans tout ça, c’est que cela a pointé que ce pouvoir était vraiment naze et plombait la dynamique du jeu! Merci Séb !!

Ours Sapiens

Un des ours de Sapiens dubitatif, qui trouvait lui aussi la voyante « un peu abusé »…

 

Comment ressens tu la prochaine sortie de ton jeu ? (fierté, appréhension, libération?)

J’avoue que je ressens une certaine fierté. La seule idée de me dire que certains joueurs investiront dans le jeu et partageront des moments conviviaux grâce à Sapiens, ça a vraiment quelque chose de magique.
Je n’ai pas d’appréhension car je ne recherche pas de succès particulier ni de reconnaissance. Bien sur, si le jeu plait ce sera extraordinaire. Mais n’ayant jamais eu en tête de créer un jeu dans une optique éditoriale ou commerciale, je n’ai pas de réelle pression.
Bon… je ne cache pas que je suis avec assiduité les retours des joueurs ayant déjà eu Sapiens entre les mains et mon plus grand plaisir reste celui de constater que le jeu plait et en soi c’est réconfortant et très gratifiant.

 

Suite à ton expérience, des conseils à donner à des gens qui voudraient se lancer dans la création de jeux?

C’est assez difficile de répondre à cette question. Sapiens reste pour le moment un one-shot et je ne me sens pas assez expérimenté pour conseiller au plus juste.
Je dirais simplement que pour créer un jeu il faut y prendre plaisir et que la création ne soit pas fastidieuse.
Il faut savoir être à l’écoute des critiques et savoir remettre en question sa réalisation.
Les tests sont des moments où l’appréhension est réelle: on peut-être confronté aux blocages du mécanisme, aux imperfections du thème, aux incohérences de règles ou encore aux soucis d’ergonomie du jeu prototypé que les testeurs évoqueront tantôt avec bienveillance tantôt avec sévérité. Il y a une part de frustration qui en résultera mais qui doit être sainement utilisée pour rebondir et améliorer le prototype vers sa version quasi-définitive qui pourra séduire un éditeur.

 

Quelques jeux préférés à recommander ? (hormis sapiens, sinon c’est triché! 😉 )

Parmi mes derniers achats, Loony Quest, Elysium et Welcome to the Dungeon font partie des jeux que j’ai vraiment beaucoup aimé. 3 jeux bien différents mais tous super fun !
Du côté des classiques et valeurs sûres, je suis fan d’Agricola, Puerto Rico, Last Will ou Endaevor.
J’adore le jeu Dungeon Twister qui est pour moi l’un des jeux d’affrontement à deux joueurs parmi les plus aboutis et riches.
Côté survival-coopératif, mon coup de coeur va à zombie 15. Ce jeu est un ovni ludique avec une habile utilisation d’une bande son pour offrir rythme, tension et frustration!
Vers des options de jeux ambiance, Esquissé, Link, Concept, Quitte ou Double, Tokyo train, Hanabi… sont des jeux qui nous garantissent de bons fou-rires ou bonnes engueulades.
J’ai beaucoup apprécié Speakeasy, découvert lors du salon Ludinord, un jeu pour deux joueurs qui s’apparente au Stratego mais qui propose une expérience de jeu fraîche et super originale.
Je pourrais citer beaucoup d’autres jeux comme Star Realms pour les jeux de deck building, Five Tribes qui est unique en son genre, Miniville ou Splendor qui sont deux beaux jeux familiaux.
Je suis un fan de JCC comme Magic et compétiteur du jeu de cartes Pokémon
J’ai aussi pu soutenir le projet du jeu minimaliste Tower Defense de Léandre Proust via la plateforme KissKissBankBank, un jeu original et plein de promesses tant sur le fond que sur la forme.

 

…On voit un vrai amour du jeu de société sous toutes ses formes, je n’en demandais pas tant! 🙂
Pour finir, as-tu d’autres projets de jeux en tête? Serais-tu partant pour nous les présenter à Ludopoly à l’occasion ? ( 0:-) ) D’ailleurs, as-tu apprécié notre session ensemble ?

L’envie de création est là et donc oui, je me penche sur de nouveaux prototypes. J’avance sans pression. Je me suis fixé la fin d’année pour proposer un jeu pour les sélections du salon Ludinord. Je sais que les places y sont chères car nombreux sont les créateurs qui proposent leur prototype alors que seule une quarantaine de jeux sont retenus. J’espère donc être à la hauteur de mon ambition. Cela sera d’autant plus intéressant que je serais dans cette position de recherche volontaire d’édition et je crois donc que la pression devrait tout de même se faire sentir.

Bien sur que je suis plus que partant pour soumettre mes protos et projets à Ludopoly! Vos avis d’experts ne peuvent être qu’une aide précieuse… bien que redoutée!
J’ai adoré la session consacrée à Sapiens et l’entrain que les membres de l’association avaient pour enchaîner autant de parties! Vous êtes de terribles ludo-fanatiques!
Votre accueil a été super et j’ai hâte de vous retrouver pour d’autres séances de jeux.

Le plaisir était plus que partagé, on se remet ça quand tu veux! 🙂

 

 

Auteur: Biniou

Ingénieur informatique AMOA, libriste à temps partiel, je lâche l'ordinateur de temps en temps pour jouer autour d'une table (que ce soit aux jeux de plateau ou aux jeux de rôles!). Curieux et ouvert de nature, mes jeux préférés sont très éclectiques, malgré une préférence pour les jeux en coopératif! (et les génocides de Space Marines)

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