Sherlock Holmes : Détective Conseil la mythique réédition d’Ystari

Sherlock Holmes Détective Conseil, alias SHDC, est la réédition réalisée par les bons soins d’Ystari du jeu Detective Conseil, édité par feu Jeux Descartes en 1985 sous la forme assez originale de classeur, qui était lui-même la version française du jeu sorti aux Etats-Unis Consulting Detective. Il s’agit d’un jeu d’enquête policière pouvant se jouer aussi bien seul qu’à un nombre théoriquement infini de joueurs, mais conseillé à 8 joueurs maximum de 12 ans et plus, pour une durée d’environ 120 minutes par enquête (variable suivant les enquêtes et l’implication « roleplay » des joueurs).

Où quand la réédition est déjà une enquête

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Sherlock se pare de ses plus beaux atours

Projet un peu fou né un soir de vacances estivales, la réédition de Sherlock Holmes Détective Conseil fut d’entrée de jeu une sacrée enquête en elle-même, que raconte très bien son éditeur Cyril Demaegd dans les remerciements du livre de règles. Etant donnée l’ancienneté du jeu, retrouver les auteurs (Gary Grady, Raymond Edwards et Suzanne Goldberg) et ayant-droits pour négocier une réédition frisait la gageure. Mais ça n’était que le début du challenge, puisqu’un gros travail de réédition a également été fait ensuite : réécriture des enquêtes, reconfiguration du matériel, illustrations modernes immersives, que l’on abordera plus spécifiquement un peu plus bas dans cet article. Tout cela pour accoucher d’une magnifique boîte bien lourde et remplie de pas moins de dix enquêtes, distribuée non seulement dans les boutiques traditionnelles, mais aussi, cerise sur le gâteau, dans le réseau FNAC. Voilà un digne représentant de notre loisir préféré assurant la promotion de tout un secteur créatif dans des linéaires plus officiellement reconnus comme culturels par le quidam peu au fait des jeux, et c’est une initiative que l’on ne peut que saluer, bien qu’elle fera dire (grosso modo) à ‘Monsieur Karis’ d’Ystari :

« C’est génial, c’est clair, mais on réalise en le voyant en rayon qu’on est quand même bien peu de chose devant l’offre pléthorique de telles enseignes de distribution. »

C’est pas faux, auraient dit Perceval et Karadoc (Kaamelott).

 

Le jeu de société d’enquête de rôle dont vous êtes le héros

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Aperçu du matériel de Sherlock Holmes

Le concept de Sherlock Holmes Detective Conseil est à la fois simple et déroutant, classique et innovant. Tout le monde ou presque a déjà lu un livre dont on est le héros quand il était plus jeune : on joue seul au livre, en lisant une succession de paragraphes numérotés à la fin desquels sont indiqués différents paragraphes à suivre selon l’action que l’on va choisir parmi celles qui nous sont proposées, et ainsi de suite jusqu’au dénouement de l’histoire. Imaginez donc la même chose, orienté « enquête policière« , recourant non pas à des aptitudes « de papier » soumises à des jets de dés et à des choix généralement binaires, mais bien à vos propres talents en termes de logique, de déduction, de psychologie et de méticulosité, incorporez la facette multijoueurs, rendez l’ensemble beaucoup moins dirigiste et linéaire, et vous obtiendrez Sherlock Holmes Détective Conseil.

Pour mener l’enquête, tout commence avec une introduction de deux pages posant le contexte de l’enquête. On apprend donc les bases sur la victime, le contexte entourant sa mort, les personnes connues constituant son environnement immédiat (familial et/ou professionnel) avant d’être directement lâchés dans la nature, libre de toutes nos décisions.

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En pleine enquête (cubes de couleur non fournis)

Si après réflexion sur les premières pistes posées, le groupe souhaite se rendre quelque part (chez un témoin, un suspect, un lieu fréquenté par la victime, etc…), il suffit de se plonger dans l’annuaire du Londres Victorien fourni pour identifier le code géographique du lieu en question, et s’y rendre « dans le livre » en y cherchant le code en question. La carte de Londres, quant à elle, sert essentiellement comme élément de vérification des alibis, notamment pour évaluer la faisabilité de tel ou tel trajet par un suspect potentiel dans un délai donné. Pour nous aider, nous disposons d’un exemplaire du Times. Il y en a autant que d’enquêtes fournies dans la boîte, avec en plus la possibilité de consulter l’ensemble des journaux publiés antérieurement à une enquête !

Une fois que les fins limiers pensent avoir résolu l’enquête dans son intégralité, ils se rendent alors à la fin du livre d’enquête, où sont posées deux séries de questions auxquelles il faudra répondre. Ils comparent enfin leurs réponses à la résolution de l’enquête que donne le brillant Sherlock Holmes, et chaque bonne réponse apporte un certain nombre de points. Mais parce que la seule aptitude à répondre aux questions ne suffit pas, la vitesse à laquelle le mystère a été levé compte également. Les joueurs ont compté durant la partie le nombre de pistes qu’ils ont suivies (soit en fait : de paragraphes qu’ils ont lus) et ils comparent ce chiffre au nombre de pistes qu’il a fallu à Sherlock pour identifier le coupable. Chaque piste de moins ou de plus que Sherlock vous apportera respectivement un bonus ou un malus de points de victoire. Vous faîtes enfin la somme de votre score pour le comparer au score de Sherlock Holmes qui a toujours 100 points de victoire.

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Le Times et l’annuaire de Londres

Le système est donc souple et deux configurations de joueurs peuvent s’y sentir valorisés : aussi bien les enquêteurs minutieux mais lents, qui auront la satisfaction de répondre de manière exacte à toutes les questions mais qui auront été pénalisés par leur lenteur ; que les rois de l’intuition qui auront bâti leurs accusations sur un nombre très restreint d’indices pourtant hautement pertinents, tel le fameux limier de Baker Street.

Enfin, si nous avons jusqu’à présent évoqué le mode « coopératif » du jeu, où tout le monde joue pour le groupe et contribue à la réflexion et aux décisions en termes d’actions, il est aussi possible d’enquêter chacun pour soi, et, de fait, de comparer nos scores finaux personnels. Néanmoins, c’est un système de jeu plus froid et également plus long qu’il serait dommage de préférer systématiquement aux dépens du mode collaboratif beaucoup plus vivant et riche.

Un matériel très immersif bien qu’élémentaire, mon cher Watson

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Indices matériels de l’enquête

Les collectionneurs se souviennent sûrement de la première édition de Detective Conseil sorti chez Jeux Descartes en 1985. Il s’agissait d’un classeur blanc dont la couverture arborait la silhouette pourpre du profil de Holmes (à la Hitchcock). Le gros atout qualitatif et immersif du jeu se situait surtout dans les pièces à conviction qui étaient « tangibles » pour la plupart. La configuration matérielle de Sherlock Holmes Détective Conseil a diamétralement basculé avec la disparition de ces petits « gadgets » qu’on prenait plaisir à manipuler au profit d’une reconstitution graphique dans le livre d’enquête et de l’apparition de véritables livres d’enquête distincts, superbement illustrés dans un grand souci de reconstitution historique du thème et de l’ambiance par Neriac (Les Mousquetaires du Roy chez Ystari) et Arnaud Demaegd (plein d’Ystari évidemment, dont Olympos, Caylus, Les Princes de Florence…) que l’on ne présente plus, ni l’un ni l’autre.

Voici les dix enquêtes de Sherlock Holmes Detective Conseil :

  • Le magnat des munitions (12 mars 1888)
  • Le vieux soldat (11 juin 1888)
  • L’orpheline emprisonnée (4 juillet 1888)
  • Les mystères de Londres (17 août 1888)
  • Le mort mystérieux (5 mars 1889)
  • La malédiction de la momie (12 avril 1889)
  • Le compte du banquier (11 avril 1890)
  • Les meurtres de la Tamise (4 juin 1890)
  • L’avoué dévoué (26 juin 1890)
  • Les tableaux volés (22 janvier 1891)

 

Des ressources additionnelles en pagaille

Non content de proposer aux joueurs dix enquêtes risquant fort d’occuper ses joueurs de vingt à trente heures suivant leur implication, le jeu échappe à l’écueil d’une pratique « one shot » (sauf Alzheimer) grâce à une communauté de fans déjà bien active (le jeu a été une des meilleures ventes à sa sortie, enrhumant au passage plusieurs boîtes de jeu au format plus modeste usuellement étiquetées « best-sellers permanents ») et un éditeur sur le pont pour répondre présent à la demande. On retrouve d’ailleurs quelque part toute la souplesse, le renouvellement permanent et la modularité des jeux de rôles, renforçant l’analogie déjà faite entre ce jeu (de société) et ses cousins rôlistes. Plusieurs options s’offrent à vous :

  • l’option : « j’ai beaucoup d’imagination et de temps » : vous écrivez vous-même vos propres enquêtes, un petit peu comme un maître du jeu qui peaufine son scénario de nombreuses heures durant avant de l’offrir à ses joueurs rôlistes.
  • l’option : « j’ai pas beaucoup d’imagination ni/ou de temps » : vous téléchargez les extensions « fanworks » gratuites de Sherlock Holmes.
  • l’option : « j’ai 5 € et au lieu d’acheter un paquet de cigarettes ou le dernier Marc Levy format poche (enfin, un truc dangereux quoi), j’achète plutôt la première extension officielle de Sherlock Holmes (et sûrement pas la dernière).

Et parce que ces extensions ont été faites avec amour, elles méritent bien quelques descriptions et précisions avant de jeter en pâture le lien de téléchargement :

Gus and Co (Suisse) a eu un gros coup de foudre pour ce jeu. On en veut pour preuve les évènements ludiques organisés de l’autre côté du Lac Léman et largement relayés sur son site, mais surtout par la conception :

  • de l’extension Moriarty, qui permet d’ajouter des traîtres dans la bande d’enquêteurs, qui vont de fait chercher à guider les autres vers des fausses pistes, déjà fort nombreuses à la base dans chaque enquête. Il s’agit simplement de dix cartes à imprimer indiquant la loyauté de chaque joueur, un peu au même titre que le grand classique Chevaliers de la Table Ronde de Messieurs Cathala et Laget, avec ses fameux félons.
  • de l’enquête du Pendu, où est fourni en ready-to-print en deux parties tout le matériel nécessaire : le livre d’enquête et le journal d’un côté, et la résolution de l’enquête de l’autre.

Jedisjeux, autre site d’information ludique, a proposé au téléchargement libre plusieurs aides de jeu pour Sherlock Holmes, dont une très pratique feuille de prise de note superbement thématique.

Whiteflag, enfin, le « serious-fanzine » apériodique affiné en caves girondines par Olivier Jahchan, a dédié le Whiteflag 11 à Sherlock Holmes, et vous trouverez dans ce numéro une nouvelle enquête inédite !

Nul doute qu’avec toutes ces contributions de valeur, vous n’êtes pas près de remiser votre loupe et votre carnet de note au fond du tiroir !

Bilan

Inclassable, atypique et confinant au génial dans son ratio accessibilité/plaisir de jeu, Sherlock Holmes Détective Conseil aura plus que largement mérité le Prix Spécial du Jury au dernier Festival International du Jeu à Cannes, en février 2012. Ne nécessitant aucun prérequis ludique spécifique le mettant presque à la portée de tous, vous transportant dans un univers très fidèlement retranscris, et vous emmenant dans une aventure intellectuellement stimulante notamment grâce aux très nombreuses fausses pistes disséminées à chaque coin de rue, Sherlock Holmes Détective Conseil n’est rien d’autre qu’une des plus dangereuses armes de séduction ludique massive.

C

Vous n’aimerez pas jouer à Sherlock Holmes Détective Conseil si…

  • ni vos joueurs ni vous-mêmes n’appréciez la lecture
  • vous recherchez d’autres sensations ludiques que celles qu’apportent réflexion, déduction et logique

Du rab sur le web

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Auteur: Pierre-André Dewitte

Travaille dans le cloud comme Traffic Manager "couteau suisse" (Webdev et Mobdev en bonus), mais descend de son nuage à l'occasion pour jouer à des jeux de société. Et quand il a un coup de cœur ludique, il l'écrit sur Ludopoly, toujours en moins de 3000 mots.

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4 Commentaires

  1. Bravo, bel article riche et complet.

    Et merci pour le lien.

    Le 9 juin 2012, nous organisons également le tout premier Sherlock Holmes Détective Conseil Live, du VRAI SHDC grandeur nature dans les rues de Genève !

    Le lien et la vidéo ici.

    http://sherlockgeneve.com/

    Et oui, comme vous le dites dans votre article PAD, nous avons eu un réel coup de coeur pour le jeu.

    Répondre
  2. Excellente review, dont l’intérêt est proportionnel à l’attente avant sa publication :p

    A quand un prochain scénario avec l’extension Moriarty ? 🙂

    Répondre
  3. La Confédération Helvétique est dignement représentée sur ce post ! 🙂

    Merci Gus pour les compliments, et pour l’info pour le « Sherlock Live ».
    Merci également (et chapeau !) Yann/Altaripa pour les superbes contributions en termes d’enquêtes !

    Répondre

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  1. Andor (Michael Menzel, Iello) - Ludopoly | Ludopoly - [...] une seule fois », Andor s’en sort un peu mieux sur un point que l’excellent Sherlock Holmes Detective Conseil qui nous…

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