Les Châteaux de Bourgogne – Stefan Feld – Alea/Ravensburger

Le pitch (dans ta potche)

Les châteaux de Bourgogne (die Burgen von Burgund) est un jeu pour 2 à 4 joueurs de 12 ans et plus, jouable en 90 à 120 minutes. (grosso modo, tablez sur 30 minutes par joueur)

Dans Les châteaux de Bourgogne, vous incarnez un puissant duc de Bourgogne* qui va construire et étendre son domaine dont la Loire est la toile de fond (la Loire passe en Bourgogne, notamment à Nevers). Ainsi aurez-vous la possibilité de développer à votre guise l’agriculture, l’urbanisme, le commerce maritime, les fortifications, la production minière et la technologie de votre duché, dans le but final de gagner un maximum de points de prestige/victoire pour être déclaré vainqueur.

* Oui, pour mettre fin au débat stérile sur la totale superficialité du thème, le rédacteur de présent article s’est permis de broder un petit peu sur le paragraphe. De l’astérisque…jusqu’au point, en fait…

Petite histoire

Pour certains, il peut paraître étonnant de voir un jeu de société « moderne » estampillé Ravensburger. Il s’agit en fait plus précisément d’une coédition Aléa/Ravensburger. Exit le puzzle 1000 pièces du chaton trop mimi qui ira décorer le mur de votre salon, on a à faire à un véritable jeu à haute teneur tactique concentrée (neurones vendues séparément), le géant allemand s’associe à Aléa pour faire des jeux, des vrais, pour les joueurs, les vrais, au rythme approximatif d’un par an.

Son auteur, Stefan Feld, n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’on lui doit, pour les plus fameux, Roma, Notre-Dame, Macao, L’Année du Dragon, Die Speicherstadt, quelques autres encore, et tout récemment en octobre dernier : Trajan (sur lequel on reviendra très certainement dans une prochaine chronique). C’est à lui que l’on doit le choix du titre original (die Burgen von Burgund), car c’était « marrant » à prononcer, dans la langue de Goethe. Quels déconneurs ces Allemands !

Déballage et contemplation

Si lors de notre dernière chronique sur Egizia, il était obligatoire de faire une minute de silence devant le matériel, l’ouverture de la boîte aura ici plus de chances de laisser place à une minute d’effroi, surtout si vous le faîtes découvrir à des joueurs peu « préparés », ou qui se sont mis aux jeux un peu trop récemment et qui sont donc gavés de matos de haute facture et des visuels qui déchirent tout.

Dans une boîte, vous trouverez, agrémenté d’un thermoformage plastique estampillé « Aléa » :

  • 1 plateau de jeu
  • 3 règles du jeu (Français, Anglais, Allemand)
  • 1 dé de marchandises
  • 42 tuiles Marchandises
  • 40 tuiles Bâtiments
  • 20 tuiles Savoir-faire
  • 20 tuiles Pâturage
  • 20 tuiles Port
  • 10 tuiles Mines
  • 10 tuiles Châteaux
  • 40 tuiles « achat »
  • plein de jetons Ouvriers
  • plein de jetons Pépites

Et pour chacun des 4 joueurs :

  • 1 paire de dés
  • 1 pion pour la piste des scores (et 1 jeton 100/200 points)

Sobriété est ici le maître mot, tant dans l’esthétisme que l’épaisseur des cartons employés. Ce dernier point se comprend assez vite quand on remet en perspective la quantité de matériel contenu dans une boîte, le prix très compétitif (36 €) et le volume de distribution d’un tel jeu…(l’éditeur sait d’office qu’il n’en fera pas produire autant que pour un Jungle Speed, ça, c’est sûr…)

Soyons sérieux : jouons

Le jeu est extrêmement simple à appréhender. Il se décompose en 5 phases de 5 tours chacune. A chaque tour, les joueurs jettent 2 dés à 6 faces. Ils peuvent faire une action avec chaque dé, parmi lesquelles :

  • Prendre une tuile du plateau central ;
  • Placer une tuile sur votre plateau/royaume personnel ;
  • Échanger un dé contre deux ouvriers (qui permettent de modifier le résultat des dés) ;
  • Vendre des marchandises.

Une action supplémentaire est permise chaque tour : acheter une tuile contre deux pépites.

Les tuiles disponibles sur le plateau central sont réparties en 6 « pioches » dont l’accès dépend du résultat du dé. Mais une fois la tuile représentant une parcelle de votre royaume (d’une des six catégories existantes) en votre possession, elle n’est pas directement arrivée dans votre royaume. Vous disposez d’un petit stock « tampon » pouvant contenir 3 tuiles maximum. Pour placer une tuile dans votre royaume, le plateau représentant ce dernier est découpé en cases dont l’accès est, comme pour l’acquisition de tuiles, lié au résultat d’un des dés (telle case demande un 3, telle autre un 1, telle autre un 5…). Précisons immédiatement qu’il n’est jamais question de « puissance » des dés. Un 1 vaut autant qu’un 6, peu importe ici la valeur numérique : on aurait pu mettre des codes alphabétiques de A à F, c’eût été pareil. La logique est la même pour la vente des marchandises : 6 types de marchandises, numérotées de 1 à 6 (avec un 2, vous pourrez vendre vos marchandises « 2 », etc.). Tout ce qui compte ici est d’avoir le bon chiffre au bon moment.

Comment marque-t-on des points ?

  • Votre royaume est découpé en de nombreuses zones, correspondant aux 6 types de tuiles : remplir une zone rapporte des points de victoire, avec un ratio points de victoire/cases croissants avec la taille de la zone ;
  • A chaque zone terminée, un bonus décroissant au fil des 5 phases s’ajoute à ce gain ;
  • Vendre des marchandises rapporte pour chaque marchandise autant de points de victoires qu’il y a de joueurs (+1 pépite) ;
  • Compléter lintégralité des zones d’une famille de tuiles apporte un bonus aux deux premiers joueurs ;
  • Des savoirs-faire apportent des points de victoire spécifiques, dont le décompte se fait en cours et/ou en fin de partie ;
  • La construction d’un bâtiment spécifique dans votre royaume apporte directement des points de victoire.

Comme vous le voyez, une véritable course aux points, à la fois contre les joueurs et contre le temps va s’engager ! Très vite, la nécessité de faire des combos (des combinaisons) va vous apparaître (si ce n’est déjà fait en lisant cette chronique). Et pour vous aider à gagner du temps, de nombreuses tuiles apportent justement des actions « gratuites » ouvrant la voie aux combos les plus fumeux.

Pour les plus curieux, on vous détaille les effets de chaque famille de tuiles, qui vous permettront d’évaluer par vous-même le très haut potentiel combinatoire des tuiles ! 🙂

1) Les tuiles Bâtiments

Il existe différents bâtiments apportant des bonus tous super intéressants.

  • L’entrepôt : permet de vendre immédiatement un type de marchandise (gain de points de victoire, + 1 pépite)
  • L’hôtel de ville : permet de poser immédiatement une tuile de son stock « tampon » dans son royaume.
  • La tour de guet : apporte immédiatement 4 points de victoire.
  • La pension de famille : apporte immédiatement 4 ouvriers.
  • La banque : apporte immédiatement 2 pépites.
  • Le marché : permet de prendre immédiatement du plateau central une tuile Port, ou une tuile Pâturage.
  • L’église : permet de prendre immédiatement du plateau central une tuile Mine, ou une tuile Château, ou une tuile Savoir-faire.
  • La menuiserie : permet de prendre immédiatement du plateau central une tuile Bâtiment.

2) Les tuiles Mine

Source de revenus intéressante, surtout dans une stratégie à long terme. En effet, à chaque fin de phase (soit une fois tous les cinq tours), vous gagnez une pépite par mine posée. Mais attention, ce sont des tuiles rares.

3) Les tuiles Port

Deux atouts majeurs : prendre des marchandises disponibles sur le plateau central et les ajouter à votre stock en vue d’une future vente. Et en plus, vous progressez d’une case sur la mini-piste déterminant l’ordre du tour de jeu.

4) Les tuiles Pâturage

Avec ces tuiles, on gagne au tirage et au grattage. Il y a 4 types d’animaux (poule, mouton, porc, vache). Dans un premier temps, en posant une tuile, on gagne autant de points que le nombre d’animaux dessinés dessus. Mais surtout, si dans la zone de pâturage dans laquelle vous la posez, il y a déjà des tuiles de ce type d’animal, vous re-gagnez les points de ces tuiles. En posant successivement une tuile 2 Poules, 3 Poules, et 4 Poules, vous gagnerez donc 2 + (2+3) + (2+3+4) soit 16 points. Si votre champ est petit, inutile de s’embêter à se ruer sur un même animal, mais sitôt qu’il devient grand, il faut à tout prix miser sur cet effet boule de neige.

5) Les tuiles Châteaux

Super-joker, le château permet de réaliser une action supplémentaire gratuitement, n’importe laquelle. A l’instar des Mines, il s’agit de tuiles très rares.

6) Les tuiles Savoir-faire

Il y en a une telle variété qu’il serait peu passionnant de détailler leur intérêt. Sachez cependant qu’ils peuvent se classer en deux familles. Le premier gros groupe de savoir-faire est du type « 4 points de bonus en fin de partie par bâtiment untel » (remplacer bâtiment untel par la liste des bâtiments du point 1) ). Le deuxième gros groupe de savoir-faire permet de « modifier les règles », à son avantage bien sûr. Ainsi peut-on « booster » l’effet de ses ouvriers sur nos dés, gagner des ouvriers supplémentaires lors de certaines actions, construire plusieurs fois le même bâtiment dans un même quartier, etc… La liste est très longue.

Bilan

Un de nos chouchous, chez Ludopoly. Dégoté très peu de temps après sa sortie dès le mois de juillet, on s’y adonne très régulièrement avec grand plaisir à chaque session Ludopoly, et même entre chaque session officielle ! Très facile à expliquer, et plus encore à comprendre, la tension reste à un très haut niveau tout au long de la partie. Les scores en fin de partie, bien qu’élevés (entre 200 et 250 grosso modo) sont le résultat de très nombreux petits gains, et il ne faut jamais se relâcher, toujours guetter les actions des autres joueurs (pour éventuellement identifier et subtiliser l’objet de leur convoitise avant eux). De plus, deux sources de variabilité rendent le jeu intéressant dans la durée et brouillent les pistes : la boîte contient de nombreux plateaux de royaumes aux configurations et dispositions différentes, orientant la stratégie de chaque joueur, et modifiant le rythme de progression des points de chacun. Ceci crée donc des parties à la fois toujours renouvelées, et pleines d’incertitudes, un joueur pouvant brusquement faire un gros bond en avant après avoir eu un coup de mou. Les allergiques aux dés apprécieront également la capacité des ouvriers de modifier les résultats du dé. Plus on joue bien, plus le hasard est sous contrôle, soit parce qu’on dispose d’assez d’ouvriers, soit parce qu’on en a moins besoin car on se garde toujours un maximum de possibilités statistiques (soit les deux, si on joue très bien). La frustration est toujours savamment distillée : toutes les tuiles sont intéressantes, et le nombre d’action limité ! Bref, un must-have, d’abord confidentiel et s’offrant uniquement à ceux qui n’ont pas été rebutés par son aspect peu sexy, jusqu’à la « consécration » avec le podium aux Tric Trac d’Or 2011.

Vous aimerez si…

  • …vous aimez concocter des combinaisons (combos) en cascade ;
  • …vous aimez les jeux d’optimisation ;
  • …vous aimez les jeux propices à la réflexion mais au principe et aux règles simples ;
  • …vous appréciez un juste mélange de tactique (court terme) et de stratégie (long terme) ;
  • …vous n’achetez que des jeux capables de proposer du renouvellement pour plusieurs dizaines de parties ;

J’ai exceptionnellement envie d’ajouter une rubrique :

Vous aimerez même si…

  • …les dés ne sont à la base pas votre tasse de thé ;
  • …vous jouez avec des joueurs habituellement longs à se décider : les choix étant toujours partiellement « cadrés » à chaque tour, le jeu reste assez rythmé

Vous n’aimerez pas si…

  • …l’absence d’un thème réellement perceptible en terme d’ambiance et/ou de gameplay vous rebute ;
  • …l’interaction exclusivement indirecte entre les joueurs ne vous suffit/plaît pas ;
  • …vous ne concevez pas qu’un jeu puisse être visuellement austère ;
  • …votre religion interdit de pratiquer des jeux si le carton employé fait moins de 2 mm ;

Retrouvez la fiche du jeu Les Châteaux de Bourgogne sur d’autres sites ludiques :

Auteur: Pierre-André Dewitte

Travaille dans le cloud comme Traffic Manager "couteau suisse" (Webdev et Mobdev en bonus), mais descend de son nuage à l'occasion pour jouer à des jeux de société. Et quand il a un coup de cœur ludique, il l'écrit sur Ludopoly, toujours en moins de 3000 mots.

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3 Commentaires

  1. Une belle surprise ce jeu, très équilibré, les mécanismes sont simples mais génère des parties intéressantes. Toutefois cher PAD, les joueurs « longs » reste pour toi un fléau inGame 😉 Personnellement, je préfère Troyes si tant est que la comparaison soit possible, j’ai une préférence sur les actions parallèles.

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  2. Au risque de me répéter…. »Les Châteaux de Bourgogne » s’est bons…..Jouez-en ! ! !

    Répondre
  3. Pour en avoir fait des tonnes de partie, je ne peux qu’appuyer lourdement sur la rejouabilité du jeu !!! Y jouer, c’est l’adopter !

    Répondre

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