Hawaï de Gregory Daigle chez Filosofia

Hawaï est un jeu de Gregory Daigle, pour 2 à 5 joueurs de 10 ans et plus, jouable en 60 à 90 minutes. Sorti en octobre dernier chez Hans im Glück pour le salon d’Essen, il paraît aujourd’hui sous nos latitudes et dans la langue de Molière par l’entremise de Filosofia.

Dans Hawaï, vous êtes à la tête d’un petit village polynésien sur cette île perdue au milieu du Pacifique. Vous devrez fonder le(s) village(s) le(s) plus puissant(s) et gagner un maximum de points de victoire en construisant les bâtiments les plus profitables grâce aux coquillages et aux fruits que vous aurez récoltés en marchant à travers l’île grâce à vos pieds. Il vous faudra à l’occasion agrandir votre flotte de pirogues qui vous serviront tantôt à pêcher, tantôt à explorer de nouvelles îles lointaines.

 

De l’Illinois sous la neige aux plages d’Hawaï 6 ans plus tard

Hawaï - Filosofia - hutteHawaï est le premier jeu de Gregory Daigle, nouvel auteur américain. Ce détail est assez cocasse quand on voit par la suite combien ce jeu est typiquement européen jusqu’au bout des ongles (mêmes dans ses « travers »). La genèse d’Hawaï remonte à un week-end neigeux de février 2005 où Daigle s’était pris à rêver de chaudes contrées exotiques, pas pour y jouer les touristes mais bien pour en faire le terreau d’un jeu de ressources/construction. Si le jeu est passé par une re-thématisation romaine avant de revenir, un peu fortuitement, à Hawaï, il n’en a pas moins évolué avant d’être présenté en 2011 à Hans Im Glück qui l’a alors édité. Comme « d’habitude » dans pareille circonstance, Filosofia se charge de traduire en Français ce jeu européen né sur le nouveau continent.

 

Hawaï : une nature opulente…comme l’éditeur

Hawaï - Filosofia - Vue générale du matérielChez Filosofia, ils se sont fait plaisir (comme souvent) en nous proposant un matériel riche et chatoyant qui aide à rentrer dans le thème. Du carton épais de bonne qualité, des meeples aux formes personnalisées (des vrais pieds, coquillages, et fruits (enfin, un semblant) en bois), des tuiles de bâtiments à foison, des petites huttes en guise de paravents et des illustrations de Dennis Lohausen (Hansa Teutonica, Principato et Descendance sur lequel on reviendra tout bientôt, etc.) qui vont bien au thème. Tout ça est soigné aux petits oignons !

 

Sur le thème abandonné, coquillages, fruits et pieds…

Malheureusement, malgré tous les efforts consentis pour nous immerger dans l’univers de l’auteur, force est de constater que le thème s’étiole très vite et ne remplit aucune des deux fonctions qu’il est censé assurer usuellement : faire « rêver » les joueurs, et « justifier » les règles et autres effets de tel ou tel bâtiment/personnage, etc. Des tikis en passant par les vahinés, les kahunas ou les coûts variables indépendants des bâtiments (sans parler de certains bonus conditionnels), on se surprend vite à assimiler les effets en ayant abandonné toute velléité d’en comprendre la raison thématique. Seule la logique d’exploration de l’île (sur terre comme sur mer) et de consommation de pieds qui lui est associée a un véritable sens logique et intelligible, là où le reste confine davantage à l’abstrait et à l’arbitraire. Heureusement, en bon pousseurs de cubes en bois, on s’en moque un peu, mais honnêtement quel gâchis alors d’avoir consacré tant d’efforts éditoriaux dans le travail de l’esthétique, du matériel, et le choix du thème pour si peu d’efficacité immersive.

 

Hawaï : le temple de la belle mécanique

Hawaï - Filosofia - partieFort heureusement, Hawaï dispose de plusieurs autres atouts ! Le principe du jeu est très simple et repose sur une double gestion de points d’actions et de ressources. On construit d’abord l’île en posant au hasard les parcelles de terrain sur lesquelles seront proposées les tuiles de bâtiments/personnages disponibles qu’il faudra aller chercher en partant d’un bord de l’île. Suivant la configuration de l’île en début de partie, certains bâtiments seront plus difficilement accessibles que d’autres ! Les points d’actions (appelés pieds) servent donc à déplacer notre autochtone sur l’île, en sachant qu’il reviendra automatiquement sur la plage au terme de chacune des cinq phases composant le jeu. Lorsque chaque phase touche à sa fin on décompte les coquillages acquis par chacun pour les comparer à un objectif de collecte qui croit au fil des cinq manches, et qui rapporte des points de victoire s’il est atteint, voire même quelques subsides supplémentaires si vous êtes celui qui en a le plus, ou presque le deuxième le plus fourni.

Actions terrestres : laisse les pirogues à Hawaï

Sur chaque parcelle de l’île, il est possible d’acheter des bâtiments aux effets de toutes sortes (gain de ressources/points de victoire immédiats/conditionnés/en fin de partie, etc…) dont le coût en coquillages n’est jamais lié au bâtiment mais à des jetons aux valeurs variables (de 2 à 6) présents sur chaque parcelle et dont se muniront les joueurs au fil de leurs achats, rendant le choix moindre pour les suivants, et les prix souvent croissants. Pour de nombreux bâtiments, possibilité est donnée de payer le double du prix normal pour accéder à une version améliorée dudit bâtiment en retournant la tuile : astuce matérielle très intéressante ludiquement parlant.

Action maritimes : en pirogue Simone

Si vous ne trouvez pas votre bonheur sur l’île, vous pouvez gratuitement retourner sur la plage, pour embarquer avec votre pirogue soit pour aller pêcher le poisson, soit pour aller découvrir de nouvelles îles. Votre pirogue peut transporter autant de jetons de poisson que de pied dessinés dessus (un poisson valant un coquillage en fin de manche pour le décompte de l’objectif des coquillages), et le nombre de pieds dessinés sur votre pirogue vous donne aussi la distance maximale jusqu’où vous pouvez explorer, et donc la ou les tuiles d’îles que vous pouvez atteindre. Les tuiles d’île apportent des points de victoire proportionnels à l’éloignement de l’île en question, et des bâtiments/personnages/ressources gratuites, selon les cas.

Ainsi hésite-t-on très régulièrement : explorer l’île au plus profond ? Aller pêcher ? Grouper nos constructions dans un seul gros village ou plusieurs petits ? L’astuce de la ligne fatidique des tikis qui enclencheront l’effet de certaines tuiles de votre village et valideront certains bonus selon l’avancement de votre village vis-à-vis de cette ligne sous-tend cette réflexion. Vaut-il mieux dépenser le double pour acquérir la version « niveau 2 » d’un bâtiment ou se contenter du niveau 1 ? Vais-je satisfaire à l’objectif des coquillages à temps, et cela vaut-il vraiment le coup durant cette phase ? Ne ferais-je pas mieux d’économiser un peu mes ressources cette manche en prévision de la suivante, les ressources s’amenuisant lentement ? L’astuce du choix de la position dans le tour est aussi plaisante : le premier à passer dans une manche choisit sa position dans l’ordre du tour pour la manche suivante, et empoche au passage des coquillages supplémentaires proportionnels à sa position. Tout ça est donc fort jubilatoire intellectuellement parlant.

Un dernier mot avant de dire Aloha[ref]Aloha : « au revoir » en hawaïen.[/ref] ?

 Que retenir au sortir de tout ça ? De très nombreux axes stratégiques possibles dans votre gestion de vos ressources comme dans vos opportunités de construction, encore renouvelés (si besoin était !) par une configuration variable de l’île modifiant le profil des parties, en terme de tactique comme de difficulté et de physionomie de scores en fin de partie. Vous ne ferez clairement pas le tour du jeu en deux parties ! Un niveau de tension élevé et croissant au fil des phases où le temps manque toujours et une excellente accessibilité en termes de règles complètent le tableau et rendrait l’ensemble idyllique. Totalement ? Presque mais pas tout à fait, car il faut bien admettre que les ingrédients sont classiques et le thème porté uniquement par le matériel (ce qui est déjà ça, me direz-vous !) mais certainement pas par les mécaniques fort banales : l’ingéniosité et le souffle d’air frais résident ici surtout dans la démultiplication des astuces trouvées pour conférer au jeu la plus grande variabilité au fil des parties.

C

Vous n’aimerez pas jouer à Hawaï si…

  • vous n’aimez pas les phases de préparation/mise en place à la fois assez longues et régulières (5 fois) ;
  • vous recherchez l’innovation ludique à tout prix ;
  • vous n’aimez pas les jeux à l’allemande avec tout ce que ça implique : thème anecdotique + multi-scoring + interaction uniquement indirecte à base de « je devance le voisin, niark niark niark »

Du rab sur le web

vignette hawai filosofia

Auteur: Pierre-André Dewitte

Travaille dans le cloud comme Traffic Manager "couteau suisse" (Webdev et Mobdev en bonus), mais descend de son nuage à l'occasion pour jouer à des jeux de société. Et quand il a un coup de cœur ludique, il l'écrit sur Ludopoly, toujours en moins de 3000 mots.

Partager cet article sur

2 Commentaires

  1. Je suis complètement en Phase avec l’avis. Il rentre pas dans mon TOP10 mais j’ai bien aimé, il aura la chance de ressortir 😉

    Répondre
  2. Bien apprécié ce jeu également, et cet avis lui rend hommage 🙂

    Répondre

Trackbacks/Pingbacks

  1. Descendance de Inka et Markus Brand chez Gigamic - Ludopoly | Ludopoly - [...] à l’excellent travail de Dennis Lohausen qui, hasard des calendriers, a déjà officié sur Hawaï que nous chroniquions tout…

Envoyer un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pin It on Pinterest

Partager

Partager cet article avec vos amis!