Andor (Michael Menzel, Iello)

Andor est un jeu de Michael Menzel édité et distribué par Iello. Il s’agit d’un jeu pour 2 à 4 joueurs de 10 ans et plus pour des parties de 90 à 120 minutes. Il propose aux joueurs d’incarner dans un univers médiéval-fantastique un héros (guerrier, mage, archer) appelé par la contrée d’Andor pour accomplir de multiples quêtes afin de sauver le royaume des hordes de monstres et ainsi entrer dans sa légende.

Un illustrateur peut cacher un auteur

Michael Menzel

Michael Menzel & Andor (Essen 2012 – © Henk Rolleman)

L’auteur n’est pas un inconnu des cubipousseurs germanophiles puisqu’il s’agit de Michael Menzel, illustrateur Allemand de talent qui a officié ces dernières années sur des dizaines de jeux « typiquement allemands » (Les Colons de Catane, Cuba et La Havane, L’Âge de Pierre, Les Piliers de la Terre ou l’Année du Dragon, entre autres) contribuant à les rendre moins austères qu’ils n’auraient pu l’être… et même carrément jolis ! Andor est sa première création ludique comme auteur, bien qu’il ait réussi à trouver le temps d’en tenir également les pinceaux. Au-delà du concept même du jeu que nous allons présenter dans quelques instants, ce casting minimaliste mais prestigieux avait déjà de quoi susciter la curiosité et l’intérêt de bien des amateurs de jeux.

Un seul jeu, pour les contenter tous

Michael Menzel et Patrice Boulet (Iello) recevant l'As d'Or 2013 à Cannes

Michael Menzel (gauche) et Patrice Boulet (Iello) recevant l’As d’Or 2013 à Cannes

Il apparaît justement très vite que la volonté d’Andor est clairement de satisfaire de nombreux genres de joueurs : d’un côté les ex-fans de JdR qui n’ont plus le temps de se replonger et de s’investir dans la création de scénarios (pour le MJ) et le développement de leurs personnages (pour les PJ), de l’autre les amateurs de jeux de plateau, notamment coopératifs, et enfin même les plus novices en la matière. En effet, les règles sont quasiment inexistantes, et le peu à savoir est progressivement distillé au travers de la première légende d’introduction, véritable tutoriel auquel nous ont bien davantage habitués les jeux vidéo. Les aficionados le trouveront très probablement superflu, ce qui nous conforte dans l’idée qu’il y avait une véritable volonté de toucher le plus large public possible. On ne doit pas être si loin de la vérité puisqu’en février dernier, Andor a reçu le prix de l’As d’Or de Cannes. Outre la qualité générale du jeu qui est ainsi légitimement sanctionnée (renforcée par sa récente nomination au Kennerspiel des Jahres), il est acquis que la désignation de l’As d’Or est aujourd’hui très orientée par la capacité du lauréat a être un ambassadeur de choix du monde du jeu de société moderne vis-à-vis du « monde extérieur ». Sachant cela, il ne fait plus le moindre doute qu’Andor a été véritablement conçu pour faire mouche auprès de tous types de joueurs…et qu’il réussit à merveille sa mission, ce qui est bien là l’essentiel !

Jack Bauer med-fan

Fiche de l'archer dans Andor

Fiche de personnage (archer)

Le principal ressort du jeu est la gestion du temps. Si Jack Baueur disposait de 24h pour sauver le monde, vos héros auront à leur disposition des journées de huit heures pour sauver Andor. Parmi eux, le choix comporte les incontournables : le guerrier, l’archer, le nain (donc guerrier…) et le magicien. Clin d’oeil au JdR, et ouverture au grand public pour faciliter l’immersion et l’identification, le choix du sexe de votre personnage est possible, bien qu’il n’apporte rien ludiquement. Au même titre qu’un jeu vidéo scripté dans lequel des événements spécifiques surviendront à des moments bien précis, les « légendes » (=scénarios) d’Andor voient leur histoire évoluer au fil de la partie et de nouveaux événements et/ou quêtes additionnelles s’ajouter à la trame initiale. Si la chronologie et le tempo de ces événements clés est clairement identifié dès le début de la partie et leur avancement visible à tout moment, la nature même du rebondissement ne sera bien entendu connue qu’au dévoilement de la carte Légende : à vous d’être les plus astucieux et efficaces quant à la gestion des facultés de votre groupe et la répartition des tâches de vos héros pour ne pas vous laisser submerger.

Le revers de la médaille réside par contre dans l’intérêt moindre de rejouer une même légende. Néanmoins, dans la catégorie des jeux « jouables une seule fois », Andor s’en sort un peu mieux sur un point que l’excellent Sherlock Holmes Detective Conseil qui nous avait beaucoup séduit. Tout d’abord, deux légendes sont rejouables, et la dernière est customisable par les joueurs, grâce à des cartes Légende vierges. Ensuite, échouer sur une quête n’empêche pas, lors d’une partie suivante, de garder la surprise quant aux événements ultérieurs au moment de votre défaite, et ne garantit ni la victoire finale ni même de réussir à passer les embûches qui ont provoqué votre perte la première fois ! Par contre, à l’avantage du détective Londonien, celui-ci peut se targuer de vous proposer déjà, sans compter les initiatives de fans, 8 enquêtes officielles supplémentaires (la dix-huitième, Les Masques Africains, est prévue pour le début de l’été) s’ajoutant aux 10 initialement contenues dans le jeu d’origine, et ce 18 mois après son lancement. Andor de son côté ne proposera sa première extension officielle, Le Signe des Etoiles (titre original : der Sternenschild), en allemand chez Kosmos pour une quinzaine d’euros en septembre 2013 seulement (aucune information quant à une version française pour l’instant). Il devrait s’agir d’une seule légende, qui aurait par contre l’avantage d’être plus à même d’être rejouée. Du côté des fans, trois légendes ont été créées en Allemand, traduites et disponibles au téléchargement par Thomas Arlès. Quoi qu’il en soit, espérons qu’une victoire au Kennerspiel des Jahres accélère les choses en terme de développement de contenu additionnel, car le jeu le mérite…

Un jeu allemand collaboratif

Combat collaboratif dans une légende d'Andor

Phase de combat en coopératif

Fussent-elles minimalistes, les règles méritent que l’on s’y attarde. Chaque héros dispose d’une capacité spéciale dont il devra vite faire bon usage lorsque les légendes vont commencer à se corser. Une bonne communication entre les joueurs sera alors primordiale, tout comment la gestion du temps grâce à un astucieux système de « combat collaboratif ». Un round de combat coûte au personnage impliqué une heure. La question suivante devient alors vite récurrente lors de l’élaboration des stratégies :

Vaut-il mieux qu’un héros passe seul 4 heures à faire goûter de son épée à un (groupe de) monstre(s), ou que deux héros passent simultanément 2 heures à le faire ? Mais cela présuppose l’arrivée concomitante des héros sur le lieu du combat !

Skral et Gor marchent sur Andor

Le déplacement des créatures (ici un Skral et deux Gor en arrière plan)

L’avantage de l’allonge de l’archer, bien que parfois métaphorique eu égard à l’échelle supposée de la carte[ref]Il peut tirer sur des cases voisines, ce qui vu la taille de la carte est parfois assez cocasse ![/ref] est à cet égard d’une aide précieuse. Il faudra donc bien accorder ses violons, et cette gestion au cordeau du timing est soulignée par le caractère à la fois inéluctable et prévisible du déplacement des créatures suivant un schéma fléché clairement indiqué sur le plateau qui assure un peu de visibilité aux joueurs dans l’établissement de leur plan d’action. Cela pourrait paraître trop « facile » pour qui n’a pas encore joué à Andor, mais dans le feu de l’action, et étant donné la présence d’événements impondérables survenant au dévoilement des cartes Légende, cette aide est la bienvenue !

Chaque combat réussi apportera de l’or et/ou un astucieux équivalent de l’expérience, en plus « compact »[ref]Les rôlistes savent bien que l’expérience touche un grand nombre de variables du personnage, qu’il aurait été malvenu de transposer aussi brutalement dans un jeu destiné à un large public comme Andor.[/ref] : les points de volonté. L’échelle de points de volonté se découpe en trois paliers auxquels sont associés un certain nombre de dés qu’il pourra lancer lors des combats (où seul le meilleur score est retenu). S’il est possible de faire des « heures supplémentaires » et faire des actions pendant plus que les huit heures permises par journée, c’est justement la volonté de votre personnage qui s’en retrouvera émoussée !

Gor et Skral

Une toute petite partie du bestiaire et du matiériel

Au rayon des points faibles du jeu, on ne peut pas taire le matériel foisonnant qui, bien que très élégant, rend la mise en place d’une partie d’Andor longue et plutôt pénible, pas aidée par l’absence d’un quelconque thermoformage que rattrape à peine la fourniture de nombreux sachets zip. Enfin, élément qui chiffonnera sûrement davantage les rôlistes, la volonté de nous immerger dans un univers spécifique est louable, avec son propre bestiaire, son royaume, son histoire et ses légendes, mais l’entreprise échoue quelque peu par la faute d’un background qui manque un peu de profondeur et qui nous saute au visage assez brutalement.

 

C

Vous n’aimerez pas jouer à Andor si…

  • vous recherchez un jeu rapide à installer ;
  • vous privilégiez la durabilité et êtes du genre à « essorer » vos jeux ;

Du rab sur le web

vignette Andor

Auteur: Pierre-André Dewitte

Travaille dans le cloud comme Traffic Manager "couteau suisse" (Webdev et Mobdev en bonus), mais descend de son nuage à l'occasion pour jouer à des jeux de société. Et quand il a un coup de cœur ludique, il l'écrit sur Ludopoly, toujours en moins de 3000 mots.

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2 Commentaires

  1. A noter que Iello vient de communiquer aujourd’hui la publication en ligne d’une nouvelle légende supplémentaire : l’Escorte du Roi

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